PREMIÈRE PARTIE:
Le Songe d’Hérode
LE RÉCITANT
Dans la crèche, en ce temps,
Jésus venait de naître.
Mais nul prodige encor
ne l’avait fait connaître;
Et déjà les puissants tremblaient,
Déjà les faibles espéraient.
Tous attendaient...
Or apprenez, chrétiens,
quel crime épouvantable
Au roi des Juifs alors
suggéra la terreur,
Et le céleste avis que, dans
leur humble étable,
Aux parents de Jésus
envoya le Seigneur.
SCÈNE 1
Une rue de Jérusalem. Un corps de garde.
Soldats romains faisant une ronde de nuit.
MARCHE NOCTURNE
UN CENTURION
Qui vient?
POLYDORUS le commandant de la patrouille
Rome!
CENTURION
Avancez!
POLYDORUS
Halte!
CENTURION
Polydorus!
Je te croyais déjà,
soldat, aux bords du Tibre!
POLYDORUS
J’y serais en effet si Gallus,
Notre illustre préteur
m’eut enfin laissé libre.
Mais il m’a sans raison
Imposé pour prison
Cette triste cité pour
y voir ses folies
Et d’un roitelet juif
garder les insomnies.
CENTURION
Que fait Hérode?
POLYDORUS
Il rëve, il tremble,
Il voit partout des traîtres,
il assemble
Son conseil chaque jour;
Et du soir au matin
Il faut sur lui veiller;
Il nous obsède enfin.
CENTURION
Ridicule tyran!
Mais va, poursuis ta ronde.
POLYDORUS
Il le faut bien.
Adieu. Jupiter le confonde!
La patrouille se remet en marche et s’éloigne.
SCÈNE 2
Intérieur du palais d’Hérode
AIR D’HÉRODE
Toujours ce rève! encor cet enfant
Qui doit me détrôner.
Et ne savoir que croire
De ce présage menaçant
Pour ma vie et ma gloire!
Ô misère des rois!
Régner et ne pas vivre!
A tous donner des lois,
Et désirer de suivre
Le chevrier au fond des bois!
Ô nuit profonde
Qui tient le monde
Dans le repos plongé,
A mon sein ravagé
Donne la paix une heure,
Et que ton voile effleure
Mon front d’ennuis chargé...
O misère des rois, etc.
Effort stérile!
Le sommeil fuit;
Et ma plainte inutile
Ne hâte point ton cours,
interminable nuit.
SCÈNE 3
POLYDORUS
Seigneur!
HÉRODE
Làches, tremblez!
Je sais tenir encore
Une épée...
POLYDORUS
Arrétez!
HÉRODE le reconnaissant
Ah! c’est toi, Polydore!
Que viens-tu m’annoncer?
POLYDORUS
Seigneur, les devins juifs
Viennent de s’assembler
Par vos ordres.
HÉRODE
Enfin!
POLYDORUS
Ils sont là.
HÉRODE
Qu’ils paraissent!
SCÈNE 4
CHŒUR DE DEVINS
Les sages de Judée,
Ô roi, te reconnaissent
Pour un prince savant et génêreux;
Ils te sont devoués.
Parle, qu’attends-tu d’eux?
HÉRODE
Qu’ils veuillent m’éclairer,
Est-il quelque remède
Au souci dévorant
Qui dès longtemps m’obsède?
DEVINS
Quel est-il?
HÉRODE
Chaque nuit,
Le méme songe m’épouvante;
Toujours une voix grave et lente
Me répète ces mots:
«Ton heureux temps s’enfuit!
Un efant vient de naître
Qui fera disparaître
Ton trône et ton pouvoir.»
Puis-je de vous savoir
Si cette terreur qui m’accable
Est fondée,
Et comment ce danger redoutable
Peut être détourné?
DEVINS
Les esprits le sauront,
Et par nous consultés
Bientôt ils répondront.
Les devins font des évolutions
cabalistiques et procèdent à la conjuration.
DEVINS
La voix dit vrai, Seigneur.
Un enfant vient de naître
Qui fera disparaître
Ton trône et ton pouvoir.
Mais nul ne peut savoir
Ni son nom, ni sa race.
HÉRODE
Que faut-il que je fasse?
DEVINS
Tu tomberas, à moins
que l’on ne satisfasse
Les noirs esprits, et si,
pour conjurer le sort,
Des enfants nouveaux-nés
tu n’ordonnes la mort.
HÉRODE
Eh bien, par le fer qu’ils périssent!
Je ne puis hésiter.
Que dans Jérusalem,
A Nazareth, à Bethléem,
Sur tous les nouveaux-nés
Mes coups s’appesantissent!
Malgré les cris, malgré les pleurs
De tant de mères éperdues,
Des rivières de sang
vont être répandues.
Je serai sourd à ces douleurs.
La beauté, la grâce, ni l’âge
Ne feront faiblir mon courage:
Il faut un terme à mes terreurs!
DEVINS
Oui! oui! par le fer qu’ils périssent!
N’hésite pas.
Que dans Jérusalem,
A Nazareth, à Bethléem,
Sur tous les nouveaux-nés
Tes coups s’appesantissent!
Oui, malgré les cris, malgré les pleurs
De tant de mères éperdues,
Les rivières de sang qui seront répandues,
Demeure sourd à ces douleurs!
Que rien n’ébranle ton courage!
Et vous, pour attiser sa rage,
Esprits, redoublez ses terreurs!
SCÈNE 5
L'étable de Bethléem
DUO
MARIE
O mon cher fils, donne cette herbe tendre
A ces agneaux qui vers toi vont bêlant;
Ils sont si doux! laisse, laisse-les prendre.
Ne les fais pas languir, ô mon enfant.
MARIE, JOSEPH
Répands encor ces fleurs sur leur litière.
Ils sont heureux de tes dons, cher enfant;
Vois leur gaieté,
vois leurs jeux, vois leur mère
Tourner vers toi son regard caressant.
MARIE
Oh! sois béni, mon cher et tendre enfant!
JOSEPH
Oh! sois béni, divin enfant!
SCÈNE 6
CHŒUR D’ANGES INVISIBLES
Joseph! Marie!
Ecoutez-nous.
MARIE, JOSEPH
Esprits de vie,
Est-ce bien vous?
ANGES
Il faut sauver ton fils
Qu’un grand péril menace, Marie.
MARIE
Ô ciel, mon fils!
ANGES
Oui, vous devez partir
Et de vos pas bien dérober la trace;
Dès ce soir au désert vers
l’Egypte il faut fuir.
MARIE, JOSEPH
A vos ordres soumis,
purs esprits de lumière,
Avec Jésus au désert nous fuirons.
Mais accordez à notre humble prière
La prudence, la force,
et nous le sauverons.
ANGES
La puissance céleste
Saura de vos pas écarter
Toute rencontre funeste.
MARIE, JOSEPH
En hâte, allons tout préparer.
ANGES
Hosanna! Hosanna!
DEUXIÈME PARTIE:
La fuite en Egypte
OUVERTURE
Les bergers se rassemblent
devant l’ètable de Bethléem.
ADIEUX DES BERGERS
A LA SAINTE FAMILLE
CHŒUR DES BERGERS
Il s’en va loin de la terre
Où dans l’étable il vit le jour.
De son père et de sa mère
Qu’il reste le constant amour!
Qu’il grandisse, qu’il prospere
Et qu’il soit bon père à son tour.
Oncques si, chez l’idolâtre
Il vient à sentir le malheur,
Fuyant la terre marâtre,
Chez nous qu’il revienne au bonheur.
Que la pauvreté du pâtre
Reste toujours chère à son cœur.
Cher enfant, Dieu te bénisse!
Dieu vous bénisse, heureux époux!
Que jamais de l’injustice
Vous ne puissiez sentir les coups.
Qu’un bon ange vous avertisse
Des dangers planant sur vous!
LE REPOS DE LA SAINTE FAMILLE
LE RÉCITANT
Les pélerins étant venus
En un lieu de belle apparence,
Où se trouvaient arbres touffus
Et de l’eau pure en abondance
Saint Joseph dit: «Arrêtez-vous
Près de cette claire fontaine.
Après si longue peine
Reposons-nous.»
L’enfant Jésus dormait.
Pour lors Sainte Marie,
Arrêtant l’âne, répondit:
«Voyez ce beau tapis
d’herbe douce et fleurie,
Le Seigneur pour
mon fils au désert l’étendit.»
Puis s’étant assis sous l’ombrage
De trois palmiers au vert feuillage,
L’âne paissant,
L’enfant dormant,
Les sacrés voyageurs
quelque temps sommeillèrent,
Bercés par des songes heureux,
Et les anges du ciel,
à genoux autour d’eux,
Le divin enfant adorèrent.
CHŒUR D’ANGES
Alleluia! Alleluia!
TROISIÈME PARTIE:
L’Arrivée à Saïs
LE RÉCITANT
Depuis trois jours,
malgré l’ardeur du vent,
Ils cheminaient dans le sable mouvant.
Le pauvre serviteur de la famille sainte,
L’âne, dans le désert était déjâ tombé;
Et, bien avant de voir d’une cité l’enceinte,
De fatigue et de soif
son maître eût succombé
Sans le secours de Dieu.
Seule Sainte Marie
Marchait calme et sereine,
et de son doux enfant
La blonde chevelure et la tête bénie
Semblaient la ranimer
sur son cœur reposant.
Mais bientôt ses pas chancelèrent. ...
Combien de fois
les époux s’arrivèrent...
Enfin pourtant, ils arrivèrent
A Saïs, haletants,
Et presque mourants.
C’était une cité dès longtemps réunie
A l’empire romain,
Pleine de gens cruels,
au visage hautain.
Oyez combien dura la navrante agonie
Des pèlerins cherchant un asile et du pain.
SCÈNE 1
L’intérieur de la ville de Saïs
DUO
MARIE
Dans cette ville immense
Où le peuple en foule s’élance,
Quelle rumeur!
Joseph! J’ai peur! ...
Je n’en puis plus... las!... Je suis morte...
Allez frapper à cette porte.
JOSEPH
Ouvrez, ouvrez, secourez-nous!
Laissez-nous reposer chez vous!
Que l’hospitalité sainte soit accordée
A la mère, a l’enfant. Hélas! de la Judée
Nous arrivons à pied.
CHŒUR DE ROMAINS
Arrière, vils Hébreux!
Les gens de Rome n’ont que faire
De vagabonds et de léprèux!
MARlE
Mes pieds de sang teignent la terre!
JOSEPH
Seigneur! ma femme est presque morte!
MARIE
Jésus va mourir... c’en est fait:
Mon sein tari n’a plus de lait.
JOSEPH
Frappons encore à cette porte.
Oh! par pitié, secourez-nous!
Laissez-nous reposer chez vous!
Que l’hospitalité sainte soit accordée
A la mère, à l’enfant. Hélas! de la Judée
Nous arrivons à pied.
CHŒUR D’ÉGYPTIENS
Arrière, vils Hébreux!
Les gens d’Egypte n’ont que faire
De vagabonds et de lépreux!
JOSEPH
Seigneur! sauvez la mère!
Marie expire ... c’en est fait ...
Et son enfant n’a plus de lait.
Votre maison, cruels, reste fermée!
Vos cœurs sont durs. Sous la ramée
De ces sycomores, l’on voit
Tout à l’écart, un humble toit...
Frappons encor... Mais qu’â ma voix unie
Votre voix si douce, Marie,
Tente aussi de les attendrir.
MARIE
Hélas! nous aurons à souffrir
Partout l’insulte et l’avanie.
Je vais tomber...
JOSEPH
Oh! par pitié!
MARIE, JOSEPH
Oh! par pitié, secourez-nous!
Laissez-nous reposer chez vous!
Que l’hospitalité sainte soit accordée
Aux parents (à la mere), à l’enfant.
Hélas! de la Judée
Nous arrivons à pied.
SCÈNE 2
L’intérieur de la maison des Ismaélites
LE PÈRE DE FAMILLE
Entrez, entrez, pauvres Hébreux!
La porte n’est jamais fermée
Chez nous, aux malheureux.
Joseph et Marie entrent.
Grands Dieux! Quelle détresse!
Qu’autour d’eux on s’empresse!
Filles et fils et serviteurs
Montrez la bonté de vos cœurs!
Que de leurs pieds meurtris
on lave les blessures!
Donnez de l’eau, donnez du lait,
des grappes mûres;
Préparez à l’instant
Une couchette pour l’enfant.
CHŒUR D’ISMAÉLITES
Que de leurs pieds meurtris
on lave les blessures!
Donnons de l’eau, donnons du lait,
des grappes mûres;
Préparons à l’instant
Une couchette pour l’enfant.
Le jeunes Ismaélites et leurs serviteurs se
dispersent dans la maison, exécutant
les ordrrs divers du Pére de famille.
LE PÈRE DE FAMILLE
Sur vos traits fatigués
la tristesse est empreinte;
Ayez courage, nous ferons
ce que nous pourrons
Pour vous aider.
Bannissez toute crainte;
Les enfants d’lsmaël
Sont frères de ceux d’lsraël.
Nous avons vu le jour au Liban, en Syrie.
Comment vous nomme-t-on?
JOSEPH
Elle a pour nom Marie,
Je m’appelle Joseph,
et nous nommons l’enfant
Jésus.
LE PÈRE DE FAMILLE
Jésus! quel nom chanmant!
Dites, que faites-vous
pour gagner votre vie?
Oui, quel est votre état?
JOSEPH
Moi, je suis charpentier.
LE PÈRE DE FAMILLE
Eh bien, c’est mon métier;
Vous êtes mon compère.
Ensemble nous travaillerons,
Bien des deniers nous gagnerons.
Laissez faire.
Près de nous Jésus grandira,
Puis bientôt il vous aidera
Et la sagesse il apprendra.
Laissez, laissez faire.
CHŒUR
Laissez, laissez faire.
Prés de nous Jésus grandira
Puis bientôt il vous aidera,
Et la sagesse il apprendra.
LE PÈRE DE FAMILLE
Pour bien finir cette soirée
Et rejouir nos hôtes, employons
La science sacrée,
Le pouvoir des doux sons.
Prenez vos instruments,
mes enfants; toute peine
Cède à la flùte unie à la harpe thébaine.
TRIO pour deux flûtes et harpe, executé
par les jeunes Ismaélites
LE PÈRE DE FAMILLE (s’adressant à Marie)
Vous pleurez, jeune mère.
Douces larmes, tant mieux!
Allez dormir, bon père,
Bien reposez,
Mal ne songez.
Plus d’alarmes;
Que les charmes
De l’espoir du bonheur
Rentrent en votre cœur.
MARIE, JOSEPH
Adieu, merci, bon père,
Déjà ma peine amère
Semble s’enfuir,
Plus d’alarmes.
Oui, les charmes
De l’espoir du bonheur
Rentrent en notre cœur.
CHŒUR
Allez dormir, bon père,
Doux enfant, tendre mère,
Bien reposez,
Mal ne songez.
Plus d’alarmes;
Que les charmes
De l’espoir du bonheur
Rentrent en votre cœur.
ÉPILOGUE
LE RÉCITANT
Ce fut ainsi que par un infidèle
Fut sauvé le Sauveur.
Pendant dix ans Marie,
et Joseph avec elle
Virent fleurir en lui la sublime douceur,
La tendresse infinie
A la sagesse unie.
Puis enfin de retour
Au lieu qui lui donna le jour
Il voulut accomplir le divin sacrifice
Qui racheta le genre humain
De l’éternel supplice
Et du salut lui fraya le chemin.
LE RECITANT, CHŒUR
Ô mon âme,
pour toi que reste-t-il à faire,
Qu’à briser ton orgueil
devant un tel mystère!
Ô mon cœur,
emplis-toi du grave et pur amour,
Qui seul peut nous ouvrir le céleste séjour.
Amen. |
ESIMENE OSA:
Herodese unenägu
JUTUSTAJA
Sel ajal oli sõimes
Jeesus sündinud.
Kuid seda imet ei olnud
keegi kuulutanud veel;
Juba vägevad värisesid,
ja nõrgad olid hakanud lootma.
Kõik olid ootel...
Kuula nüüd, ristirahvas,
mis koletu tegu
äratas hirmu
Juudamaa kuningas.
Ja millist taevast nõu
nende viletsuses
saatus Issand
Jeesuse vanemaile.
1. PILT
Tänav Jeruusalemmas. Valvurid vahipostil.
Rooma sõdurid öisel ringkäigul.
ÖINE MARSS
TSENTUURIO
Kes tuleb?
POLYDORUS, vahtkonna ülem
Rooma!
TSENTUURIO
Samm ette!
POLYDORUS
Seis!
TSENTUURIO
Sina, Polydorus!
Arvasin, et oled juba
sõdimas Tiberi kaldail.
POLYDORUS
Seal oleksingi tõepoolest olnud,
kuiGallus, meie hindamatu preetor
oleks mind vabaks lasknud.
Ilma igasuguse põhjuseta
sulges ta mind siia
süngesse linna,
kus pean nägema igasuguseid pöörasusi
ja valvama tähtsusetu
juudi kundinga unetuid öid.
TSENTUURIO
Mida teeb Herodes?
POLYDORUS
Näev unenägusid, väriseb hirmust,
kahtlustab kõikjal reetureid,
laseb iga päev
kutsuda kokku nõuandjad:
Ja õhtust hommikuni
on vaja teda valvata;
Lausa närvidele käib.
TSENTUURIO
Tobe türann!
Aga nüüd oma ringkäigule!
POLYDORUS
Tuleb jah minna.
Jumalaga. Tabagu teda Jupiteri needus!
Patrullalustab marssi ja eemaldub.
2. PILT
Herodese palees
HERODESE AARIA
Jälle see unenägu! Jälle see laps,
kes mu troonilt tõukab.
Ja ei tea, mida uskuda
sellest kurjast ettekuulutusest,
mis ähvardab mu elu ja kuulsust!
Mis kurb on kuningate saatus!
Valitseda ja mitte elu elada,
Teistele teha seadusi,
ja ise soovida vaid
kitsekarjust metsade süles järgida.
Oh, öö lõputu süli,
mis kogu maailma hoiab
sügavas rahus,
anna mulle tund puhkust,
minu haavatud südamele.
Lase oma varjul puudutada
mu muredest rõhutud laupa...
Mis kurb on juningate saatus, jne.
Kõik vaev on asjata!
Uni väldib mind.
Ja mu asjatu kaebus
ei kiirenda su kulgu,
lõputu öö.
3. PILT
POLYDORUS
Isand!
HERODES
Nurjatud, värisege!
Hoian veel ise
oma mõõka...
POLYDORUS
Pidage!
HERODES teda ära tundes
Ah, see oled sina, Polydorus.
Mida sa mulle teatama tulid?
POLYDORUS
Isand, Juudamaa targad
on kokku tulnud
teie käsu peale.
HERODES
Lõpuks ometi!
POLYDORUS
Nad on siin.
HERODES
Lase neil tulla sisse.
4. PILT
TARKADE KOOR
Oo, kuningas,
Juudamaa targad kummardavad sind
kui tarka, õilsat valitsejat.
Nad on sulle truud.
Räägi, mida ootad neilt?
HERODES
Las nad ilmutavad mulle,
kas on mingit rohtu
laastava muremõtte vastu,
mis mind ammu painab?
TARGAD
Mis paine see on?
HERODES
Igal ööl
ükssama uni piinab mind.
Üks hääl tõsiselt ja aeglaselt
kordab mulle sõnu:
"Su õnneaeg on möödas!
Üks lapsuke on sündinud,
kes saadab põrmu
sinu trooni ja võimu"
On's võimalik teilt teada saada,
kas sellel hirmul
on ka tõde taga
ja kuidas sellest ähvardavast ohust
võiks pääseda?
TARGAD
Vaimud teavad seda
meie küsimise peale
nad varsti vastuse annavad.
Targad manipuleerivad kabalistika märkidega
vaime välja kutsudes.
TARGAD
Isand, hääl räägib tõtt.
See laps on sündinud
ja tõukab
sinu troonilt ja võimult.
Aga keegi ei või teada
ta nime ja rahvust.
HERODES
Mis pean ma tegema?
TARGAD
Sa langed,
kui sa ei taha
kurja saatust ära pöörata
ja tumedaid vaime teenides
ei käsi hukata
kõiki vastsündinud poisslapsi.
HERODES
Saagu nii, las mõõk nad hukkab!
Ma ei tohi kõhelda.
Las Jeruusalemmas,
Naatsaretis, Petlemmas
kõigile vastsündinuile
langeda mu hoobid!
Hoolimata karjeist, hoolimata nutust,
mida meeleheitel emad halavad,
las verejoad
voolata.
Ma olen kurt nende valule.
Ei ilu, headus ega vanus
saa muuta minu meelt.
Olgu lõpp mu hirmudel.
TARGAD
Jaa, jaa, las mõõk hukkab nad!
Ära kõhkle!
Las Jeruusalemmas
Naatsaretis, Petlemmas
kõigile vastsündinuile
langeda su hoobid!
Ja hoolimata karjeist, hoolimata nutust
mida meeleheitel emad halavad,
las verejoad voolata.
Jää kurdiks nende valule.
Ärgu vankugu su meel!
Ja teie, vaimud, õhutage tema sõgedust,
laske tunda tal ülimat hirmu!
5. PILT
Petlemma laudas
DUETT
MAARJA
Oh mu kallis laps, anna seda rohtu
neile talledele, kes sinu poole määgivad.
Nad on nii vagad, las neil võtta rooga.
Ära lase neil kauem oodata, mu laps.
MAARJA, JOOSEP
Laota ka need lilled nende asemele,
Nad on nii rõõmsad sinu anni üle, mu laps.
Näe, kuis nad on
nii rõõmsad ja kepslevad.
Ja nende ema sind vaatab malbe pilguga.
MAARJA
Oh, ole õnnistatud, mu kallis, magus laps!
JOOSEP
Oh, ole õnnistatud jumalik laps!
6. PILT
NÄHTAMATUTE INGLITE KOOR
Joosep! Maarja!
Kuulake meid!
MAARJA, JOOSEP
Elu pühad vaimud,
olete need teie?
INGLID
Maarja, sa pead päästma oma poja,
keda ähvardab suur oht.
MAARJA
Oh, mu poeg, taevas hoidku!
INGLID
Jah, te peate kodust lahkuma
ja oma teekonnal jälgi varjama.
Täna õhtul peate põgenema
kõrbesse Egiptuse suunas.
MAARJA, JOOSEP
Kuulame teie sõna,
puhta valguse vaimud,
ja Jeesuslapsega kõrbesse põgeneme.
Aga enne, meie alandlikul palvel
andke meile tarkust ja jõudu,
et päästa laps.
INGLID
Taevalik jõud
suudab hoida teist eemal
kõik kurjad teelised.
MAARJA, JOOSEP
Valmistugem kiiresti teekonnaks.
INGLID
Hoosianna! Kiitkem Issandat!
TEINE OSA:
Põgenemine Egiptusesse
AVAMÄNG
Karjused kogunevad Petlemma lauta
püha perekonnaga jumalaga jätma.
JUMALAGAJÄTT PÜHA
PEREKONNAGA
KARJUSTE KOOR
Ta läheb kaugele sellelt maalt,
kus ta laudas tuli ilmale.
Olgu ta ikka oma ema ja isa
armastatud lapsuke.
Kasvagu ja sirgugu ta
ja saagu ise ka kunagi heaks isaks.
Kui aga kunagi ta oma kummardajailt
saab tunda vaenukätt,
siis naasku ta sealt võõralt maalt,
et meie seas taas tunda õnnerahu.
Las peab ta ikka kalliks
vaeste karjuste kodu.
Kallis laps, Jumal õnnistagu sind!
Jumal õnnistagu teid, õnnelikud vanemad!
Et te eales ei saaks tunda
ülekohtu raskeid lööke.
Las hea ingel kaitseb teid
iga ähvardava ohu eest.
PÜHA PEREKONNA PUHKUS
JUTUSTAJA
Rändurid jõudsid
ühte kenasse paika,
kus nägid käharaid puid
ja külluses värsket vett.
Püha Joosep ütles: "Peatugem
selle allika ääres.
Pärast nii pikka katsumust,
puhkame veidi."
Jeesuslaps magas.
Ja peatanud eesli,
Neitsi Maarja sõnas:
"Näete seda ilusat
õitega kaetud rohuvaipa,
Issand ise on selle
mu lapsukesele kõrbesse laotanud."
Nii nad seal istusid õitsval vaibal
kolme palmi varjus,
eesel näksimas rohtu ja
lapsuke uinumas.
Ja viiv unesüli
võttis võimust ka vanemail.
Ja kiigutas neid magusas unenäos.
Ja inglid põlvitasid
nende ümber,
imetledes Jumalikku lapsukest.
INGLITE KOOR
Halleluuja! Halleluuja!
KOLMAS OSA
Saabumine Saiisi
JUTUSTAJA
Juba kolm päeva
olid nad rändamas
kõrbelliivas vastu palavat tuult.
Vaene truu püha perekonna abiline -
eesel oli juba hukkunud teel,
nägemata kõrbeliiva müüre.
Oleks nõrkenud janust, väsimusest
ka pereisa,
kui Jumal ise poleks abiks oln'd.
Vaid Neitsi Maarja
kõndis rahus, rõõmsana
ja õrna lapsukese
hele kihar ning õnnis pale
näisid jaksu andvat
tema südamele.
Aga siis ka tema samm vaarus...
Ja kümneid kordi peatusid
nad puhkuseks...
Ometi jõudsid nad
Saiisi, nõrkenult,
peaaegu surma piiril.
See linn kuulus
ammustest aegadest roomlastele
ja seal elasid südametud
ning kõrgi ilmega inimesed.
Kuulake nüüd, kui vaevaliselt
leidsid me rändurid varjupaiga ja toitu.
1. PILT
Saiisi linnas
DUETT
MAARJA
Selles tohutus linnas,
kus rahvas hulkadena tungleb,
on nii palju kära.
Joosep! Mul on hirm...
Ma ei jaksa enam... Ma nõrken...
Koputame sellele uksele siin.
JOOSEP
Avage, päästke meid.
Laske meil puhata siin!
Andke õnnist varjupaika
emale ja lapsele. Oh! Juudamaalt
me tulnud siia jalgsi!
ROOMLASTE KOOR
Tagasi, räpased heebrealased!
Rooma rahval pole tarvis
hulguseid ja leeprahaigeid!
MAARJA
Me veritsevaist jalgeist värvub maa!
JOOSEP
Isand, ma naine on suremas!
MAARJA
Jeesuslaps on suremas... lõpp on lähedal
Mu kuivanud rinnas ei jätku enam piima.
JOOSEP
Koputame veel sellele uksele.
Halastage, päästke meid!
Laske puhata te juures meil!
Andke õnnist varjupaika
emale ja lapsele. Oh! Juudamaalt
me tulnud siia jalgsi.
EGIPTLASTE KOOR
Taganege, räpased heebrealased!
Egiptuse rahval pole tarvis
hulguseid ega leeprahaigeid!
JOOSEP
Isand, päästke ema!
Maarja on suremas... lõpp on lähedal...
Ta lapsel pole enam piima,
aga teie südametute uks jääb suletuks.
Te südamed on julmad.
Aga seal, sükomoripuu varjus eemal
on veel üks onn.
Koputame veelkord. Aga minuga koos
hüüa ka sina, Maarja,
et neid õrn hääl kuulama paneks.
MAARJA
Paraku igas majas
me kuuleme solvanguid ja alandust
Ma vist kukun...
JOOSEP
Oh! Halastage!
MAARJA, JOOSEP
Oh! Halastage meile! Päästke!
Laske meil puhata siin!
Andke õnnest varjupaika
isale, emale ja lapsele. Ah!
Juudamaalt
me tulnud jalgsi.
2. PILT
Ismaeliitide majas
PEREISA
Astuge sisse, vaesed heebrealased
Meie maja uksed
pole iial suletud õnnetuile
Joosep ja Maarja sisenevad.
Suured Jumalad! Millline viletsus
on neid tabanud!
Tütred, pojad, teenijad!
Näidake üles oma südameheadust!
Peske nende kurnatud
jalge haavad!
Andke vett, piima, küpsiseid
ja viinamarju.
Tehke kohe valmis
ase lapsukesele.
ISMAELIITIDE KOOR
Pestagu kohe
nende kurtnatud jalgade haavad!
Toome vett, toome piima,
küpsiseid, marju;
Teeme valmis
aseme lapsukesele.
Noored ismaeliidid ja nende
teenijad kaovad, et kiiresti täita
pereisa käsku.
PEREISA
Teie väisnud palgeil
näen kurbuse kortse.
Olge vaprad, me teeme,
mis võime,
et aidata teid.
Pagegu te kartus;
Ismaeli lapsed
on Iisraeli laste vennad.
Me ise pärit Liibanonist, Süüriast.
Mis teie nimed on.
JOOSEP
Naise nimi on Maarja,
ma ise olen Joosep,
ja lapsukest kutsume
Jeesuseks.
PEREISA
Jeesus! Nii ilus nimi!
Öelge, millega
leiba te teenite?
Ja mis seisusest olete?
JOOSEP
Ma olen puusepp.
PEREISA
Ennäe, see on ka minu amet!
Te olete mu ametivennad.
Me võime töötada koos
ja teenareid tasuks saada.
Las olla nii.
Las Jeesuslaps kasvada me juures.
Ja varsti abiks on ta eil.
Ja õpib elutarkust.
Las olla nii.
KOOR
Las olla nii,
et meie juures Jeesus sirgub.
Varsti abiks on ta teil
ja elutarkust õpib siin.
PEREISA
Et õhtu meil kenasti lõpeks
ja külalisi lohutaks,
toimime pühal viisil,
proovides mahedate helide mõju.
Võtke lapsed oma pillid,
las kaob mure
flöödi ja lüüra helides.
Kahe flöödi ja harfi TRIO
ismaeliitide esituses.
PEREISA pöördub Maarja poole
Te nutate, noor ema,
see on hea.
Minge puhkama, isake
Magage hästi,
head und!
Aitab kurbusest.
Tulgu lootus,
õnneootus
täitku taas te südamed.
MAARJA, JOOSEP
Tänu teile, hea isa,
juba kadumas ongi
mu kibe valu...
Aitab kurbusest
Tulgu lootus
õnneootus
täitku taas me südamed.
KOOR
Puhake, hea isa,
magus laps, õrn ema.
Puhake rahus
ja ärge kartke enam muresid.
Tulgu lootus,
õnneootus
tagasi te südameisse.
EPILOOG
JUTUSTAJA
Ja nõnda üks uskmatu
päästis Lunastaja.
Tervelt kümme aastat
nägid Joosep Ja Maarja
Jeesust sirgumas.
Tema ülim headus ja lõputu õrnus
kasvasid koos tarmuga.
Aga siis ta tahtis naasta
maale, kus ta oli sündinud,
et täide viia jumalikku ohverdust,
mis lunastas maailma inimkonna
igavesest süüst
ja näitas pääsemiseks teed.
JUTUSTAJA, KOOR
Oh, mu hing,
mis jääb sul üle,
kui põrmustuda
suure ime ees.
Oh, mu süda,
täitu puhta sügava armastusega,
mis aindana meil avab taevariiki tee.
Aamen!
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